16 h de bus nous séparent du désert et en particulier de San
Pedro d'Atacama...Siège semi cama (donc demi lit) dont nous prenons
possession en fin d'après midi. Le voyage est long mais ponctué par
des surprises....Le sachet « dîner » avec sa briquette
de jus de fruit, son sandwich au pain rond et sa pauvre tranche de
jambon esseulée, celui du « petit déj » avec la même
boisson et une variation notable de l'en-cas par la tranche de
fromage, seule, elle aussi bien sûr, ponctuent de repères notre
voyage. Quelques films d'action américains en espagnol et sous
titrés ( formateur pour l'apprentissage des langues) font aussi
passer le temps.
Nous longeons la côte avec, au grès des virages, vue sur la mer
bleue foncée et ses falaises abruptes ou bien vue sur les montagnes
pelées où seuls de petits arbustes et de grands cactus peuvent
survivre. Petit à petit, nous quittons les rivages, montant encore
plus dans les hauteurs, là où les sommets touchent les étoiles .
Grande route entourée de monts jusqu'à l'infini et aux couleurs
changeantes, la file des camions et bus qui se suivent dans cette
rude montée s'égrène elle aussi à perte de vue. Quelques cactées
s'accrochent encore à la roche mais bientôt le soleil se couche en
tirant sa belle couverture rosée sur les montagnes alentour. Au
petit matin, c'est le désert Atacama qui nous accueille avec ses
larges, immenses et arides vallées d'altitude. Visions d'un paysage
de pierres aux formes et colorations surprenantes et un peu extra
terrestre...A plus de 3000 m, nous admirons pour la première fois
les Andes dont les paysages sont grandioses et complètement nouveaux
pour nous. C'est cette sensation d'être une petite chose face à
cette nature éblouissante par sa dureté, sa beauté et son
immensité qui surprend en premier.... Effet de l'altitude ou pas, j'
ai l'impression d'avoir le vertige, assise sur mon siège à admirer
ces décors fabuleux où vigognes, alpagas et lamas broutent
tranquillement les petites touffes d'herbe jaunie éparpillées sur
cette terre aride. En fin de matinée, nous arrivons à San Pedro
d'Atacama...
Petit village aux maisons et église en adobe, entouré d'un
chapelet de volcans, il est aujourd'hui un grand centre touristique
et notre guide nous a prévenu : il a perdu son authenticité
pour un côté disneyland. Mais finalement la basse saison sévissant
et l'emplacement de notre logement nous font percevoir San Pedro
comme une charmante petite bourgade. La présence de touristes est
indéniable mais notre chambre dans cette maison familiale, en dehors
du village avec vue sur le plus célèbre des volcans « le
licancabur » culminant à 5900 m environ, est un havre de paix.
Prenant notre café matinal, face à ce géant de pierre et de feu
nous regardons passer les quelques camions qui empruntent la route de
terre se perdant dans l'infini et dont le tracé est souligné par
les poteaux électriques qui la bordent. Quelques broussailles
emportées par le vent tourbillonnent et donnent un petit côté
« Bagdad Café ». Au centre, les maisons d'adobe abritent
magasins d'artisanat, restaurants ou encore agences de voyage pour
les excursions aux alentours ( et il y a de quoi faire!!) L'église
malheureusement est en restauration et de grandes palissades, nous
empêchent d'en apprécier la beauté...dommage !!



Ici, il est impossible de louer une voiture et rejoindre les
différents sites en indépendant est difficile (sauf pour la vallée
de la luna) nous décidons , une fois n'est pas coutume, de
s'inscrire aux excursions proposées pour profiter au maximum du
désert d'Atacama et de ses trésors en commençant par le plus
célèbre de ses sites : la vallée de la luna.
C'est dans l'après midi que nous y accédons en compagnie d'une
vingtaine de touristes et avec un guide bien sympathique dont
l'anglais et l'espagnol sont facilement compréhensibles pour nous.
Le lieu mérite bien son nom et devant nous s'étalent des paysages
lunaires façonnés par la pluie et le vent durant de nombreuses
années. Les roches sculptées par les éléments côtoient dunes de
sable tandis que les dépôts blanchâtres du sodium donnent
l'impression d'une neige fraîchement tombée. Le paysage est
magnifique et dans un silence total nous pouvons entendre la pierre
craquer et gémir sous la dilatation du sel présent dans ses
entrailles. L'ambiance est bien particulière, les sommets de la
cordillera et les volcans en toile de fond rajoutent de la poésie
dans ce décor sublimement
austère. L'endroit est gigantesque et malgré la présence de
touristes un sentiment de terre perdue et de bout du monde
s'impose..la route qui traverse le site semble filer vers l'infini du
désert et seuls les panneaux de signalisation nous rappellent une
présence humaine. Petit passage à la « vallée de la muerte »
où d'arides canyons révèlent qu'autrefois l'eau était bien
présente. Nous reprenons notre bus pour aller admirer le coucher de
soleil du haut des falaises. Là, les couleurs sont à couper le
souffle. Le pourpre, le rose et l'ocre habillent merveilleusement la
vallée de la luna et le licancabur qui dresse sa haute silhouette au
loin. Un verre de pisco sour à la main nous savourons un de nos plus
beau coucher de soleil et ne pouvons nous arrêter de prendre des
clichés de ce tableau vivant, mouvant et émouvant.







Ce matin, il fait encore nuit quand nous partons pour les geysers
du volcan d' El Tatio. Tels des oignons nous avons enfilé toutes les
couches possibles de vêtements chauds et moins chauds... on nous a
prévenu qu'il fallait bien se couvrir, là haut à 4300m
d'altitude...mais nos réserves sont pauvres.
C'est à 7 h que nous arrivons sur le site, les vitres givrées ne
nous permettent pas d'apercevoir encore le décor mais notre guide
nous annonce joyeusement que la température extérieure est de moins
8 degrés. Oups !! la capuche du sweat va être légère et les
gants vont bien manquer...Nous ne pensions pas avoir des températures
aussi basses !!!
Mais le spectacle est magique. Plus haut champ de geysers du
monde, 80 fumerolles s'élèvent du sol avec en toile de fond la
roche jaune ou noire . L'ambiance est donnée... Nous arpentons les
chemins délimités avec comme compagnons ces nuages de vapeur
montant vers le ciel bleu de l'altiplano. Entre le froid et
l'altitude le souffle est court et j'ai l'impression de déambuler
sur une autre planète en faisant chaque pas et geste au ralenti. A
intervalle régulier, l'eau chaude est expulsée à plusieurs mètres
du sol, la scène est fascinante mais aussi un peu inquiétante
prouvant à chaque fois le danger et la force d'El Tatio. Des
formations minérales complètent ce paysage surréaliste où les
puissances naturelles s'expriment et où l'homme n'est pas capable de
vivre. Pour nous réchauffer un peu on nous offre le petit déjeuner
et rien que le fait de tenir son verre de café fait du bien. Le
soleil passe au dessus des sommets et de nouveau nous pouvons sentir
doigts, pieds et oreilles. Un peu plus loin un bassin d'eau chaude
accueille les touristes valeureux. Denis n'hésite pas une seconde
et plonge dans ce bon bain . Nathalie et moi n'avons pas le courage
de nous déshabiller et nous immortalisons ces quelques brasses avec
en arrière plan les visiteurs portant bonnet écharpe et anorak. Un
contraste aussi saisissant qu' entre la température extérieure et
celle de sa baignoire naturelle. Le site des geysers est administré
par les Atacamenos et ce jour là ils offrent aux visiteurs présents
un buffet et des danses en costumes traditionnels ...encore
l'occasion de quelques jolis clichés.
Le chemin du retour nous permet d'admirer ces paysages faits de
nuit et la descente vers San Pedro à 2500m d'altitude ne manque pas
de charme. Toujours cette merveilleuse palette de couleurs et cette
sensation d'immensité, d'infini. Nous croisons rivières, canard au
bec bleu ou autre oiseaux, alpagas,vigognes et nous arrêtons un
instant dans un village aux maisons et à l'église en adobe. Une
superbe excursion et un record de froid et d'altitude dans notre
voyage. C'est sûr demain nous allons acheter gants et bonnets, ici
les montagnes sont belles mais aussi très hautes.....









Le lendemain, c'est sous le soleil de l'après midi que nous
partons pour la laguna Cejar et los ojos de salar. Le vent souffle
sur ces vastes plaines entourées de montagnes et de volcans. Les
étendues d'eaux aux bleus intenses contrastent avec le jaune des
graminées qui poussent aux alentour. Quelques dépôts blancs sur
les rives rappellent la présence importante de sel. Nous pouvons
nous baigner et flotter tellement la salinité est forte mais ce
n'est pas encore l'été, l'eau reste froide et nous renonçons au
bain profitant simplement de la beauté des couleurs.
Nous repartons un peu plus loin pour assister une fois de plus au
merveilleux spectacle du soleil tirant sa révérence. Le rose domine
et teinte les montagnes environnantes qui se reflètent ainsi vêtues
dans l'eau des lagunes... Un paradis pour les photographes, un air de
divin , un goût d'absolu et un instant éphémère unique que l'on
respire à plein poumons..Ah que la terre est belle !!!

Pour finir notre séjour à San Pedro nous allons à la découverte
de la laguna Chaxa site de nidification des flamants roses et des
lagunas Miscanti et Miniques situées, elles, dans l'altiplano à
plus de 4000 m d'altitude.
Malgré une température plus douce qu'au volcan d' El Tatio, les
bonnets, écharpes et gants achetés la veille sont les bienvenus. Au
milieu d'une étendue désertique de roche et de sel qui font craquer
le sol sous nos pas comme si nous marchions sur la neige, s'étale,
là devant nous, l'eau bleue de la Laguna Chaxa. En arrière plan les
sommets enneigés l'entourent . Les flamants sont bien présents et
en nombre..au loin certains dansent pour séduire leur belle,
bougeant leur grand cou dans une chorégraphie synchronisée,
d'autres la tête dans l'eau tourne sur eux même pour trouver leur
nourriture. 3 espèces de flamants se retrouvent là et le site est
bien protégé, les chemins bien balisés pour permettre aux
visiteurs de les admirer sans les déranger. Je ne pensais pas
trouver des flamants roses dans cette région du monde, la Camargue
est pourtant bien loin d'ici...
Nous reprenons la route pour les hauteurs de l'altiplano. ..Une
pause dans un charmant village permet d'admirer son église en adobe
ainsi que les cultures en terrasse délimitées par des murets en
pierre sèche.Nous prenons de l'altitude avec en point de mire le
haut des volcans couverts de blanc.La démesure du paysage est à
couper le souffle et on se sent si petit face à ses géants de
pierre. Les couleurs se mélangent au grès des roches et de la
végétation. Les petites touffes d'herbe jaunie et plantes
médicinales parsemés sur les monts semblent être les seules
capables d'exister en ces lieux. Même notre bus s'essouffle et finit
par ne plus vouloir avancer... Notre guide et le chauffeur sont
inquiets, nous voici perdus au milieu de l'altiplano à 4000 m
d'altitude et à plus de 150 km de San Pedro...Le téléphone va bon
train et en attendant que notre véhicule reprenne des forces nous
finissons les 3 kms de montée restante à pieds. Doucement, toujours
doucement...l'altitude faisant chaque pas est un effort et la
respiration difficile.
Ce lac d'eau douce au bleu profond se détache, tel un mirage,
dans cet univers aride de roches. Les volcans forment un écrin
parfait à ce petit bijou naturel et le l'immensité du paysage
rajoute à la beauté du lieu. Une fois de plus nous sommes
émerveillés par les couleurs et son voisin encore plus grand n'a
rien à lui envier. Difficile de décrire de tels lieux, difficile de
trouver adjectifs ou superlatifs, difficile de rendre toute sa
superbe à la magie d'une nature si extrême. Étourdis par le charme
et l'altitude nous ne prêtons pas attention à notre bus qui nous a
rejoint. Nous redescendons les yeux encore écarquillés de tant de
merveilles traversant d' anciennes coulées de lave donnant aux
roches plis, replis et formes bizarroïdes.







Notre séjour dans le désert d'Atacama nous a comblé de
paysages extraordinaires et inoubliables avec une seule envie y
revenir....Retrouver ce ciel si pur, ces géants de pierre et de
feu,cette terre aride aux couleurs inconcevables, ces décors
d'enfers paradisiaques et cette émotion devant une grandeur et une
beauté qui nous dépasse...
Mais nous devons continuer notre chemin et notre prochaine étape
est maintenant le Pérou....mais ça c'est une autre histoire.
*les photos panoramiques sont de Nathalie...encore merci