lundi 30 novembre 2015

18/12 – 26/12 : L'île de Chiloé Chili

Nous voici de nouveau à l'abordage d'une île.
Une de plus... mais si différente.
Loin des plages de sable blanc, des palmiers et de l'odeur de la crème solaire, Chiloé se décline aux couleurs de ces mers du grand Sud, froides et agitées. Balayée par les vents et la pluie, emmitouflée de brume et de nuages elle ne manque cependant pas de charmes.
Ses falaises, ses eaux d'un bleu profond, ses collines verdoyantes, ses forêts, ses bateaux de pêche, ses églises et maisons en bois peintes,
son peuple de marins avec sa culture et ses mythes,
ses fortifications espagnoles, ses « palafitos » et toute sa faune et flore sauvage lui donnent ce goût unique d'un territoire à part.
Un pays de légendes mais aussi de héros nationaux,
marins explorateurs des zones les plus australes de Patagonie.
Une terre marquée par les éléments et l'histoire, un lieu mythique dans notre descente vers le grand Sud.
Et en ce début d'été, le ton est vite donné....Les nuages se sont accumulés et l'horizon si bas, nous laisse seulement deviner les côtes de l'île. Le vent est de la partie et la mer est agitée pour cette courte traversée en bac jusqu'à Chiloé. Nous sortons donc du bus avec bonnet et écharpe . Sur le pont, nous profitons un maximum du voyage, visage fouetté et rougi, vacillant au grès des mouvements du bateau mais les yeux remplis de la joie et de l'excitation de ces jours où les rêves deviennent réalité.

Ancud, ville du nord de l'île sera notre camp de base...malgré notre prudence à réserver 10 jours à l'avance, la demande, en cette période de fin d'année, est forte et les prix au plus haut, nous renonçons donc à nous loger à Castro dans un « palafitos » (maison en bois sur pilotis construite au bord de l'eau) et optons pour une chambre confortable au « petit hotel » dans la plus grande ville de l'île qu'est Ancud.
                         
Aucun regret, l'endroit est plaisant et le poêle ronronne doucement. Notre hôte nous accueille chaleureusement et nous abreuve d'une foule d'informations utiles. Mais pour l'instant, allongés sur notre grand lit, à l'abri du vent et de la petite pluie fine qui s'abat maintenant, notre seule priorité est de fêter notre arrivée dans un endroit sympa avec de la bonne musique, tranquillement, près de la cheminée, à déguster cocktail et nourriture. Nous trouvons facilement notre bonheur et attablés devant les baies vitrées donnant sur la rue, notre observatoire se révèle un véritable petit nid douillet : bien au chaud à siroter un Mojitos, à dévorer une pizza en écoutant de bons vieux tubes et en laissant traîner notre regard sur ce nouveau décor . L'ambiance est à la douce mélancolie, plaisante navigation d'un souvenir à un autre, d'une émotion à une autre... Le bonheur simple d'être là ensemble et d'être heureux. Malgré son temps maussade, Chiloé nous fait déjà vibrer ...et peut être le Mojitos aussi !!!.

Durant cette escapade insulaire , la météo est plutôt clémente, la pluie s'estompant et s'arrêtant, laissant même la place à quelques beaux épisodes ensoleillés.....inespéré si on en croit tous les guides !! Mais le vent, lui, est constant et varie seulement d'intensité.

La ville est en pleine effervescence des derniers préparatifs de Noël : les boutiques débordent avec force décorations et promotions en tous genres, les clients se pressent, s'arrêtent devant les vitrines, hésitent, rentrent puis en sortent les bras plus ou moins chargés. Sur les trottoirs, des étudiants ont dressé des tables où papier cadeau et ruban attendent les clients désireux de voir leurs achats se transformer en un merveilleux présent de Noël. Une petite boite en carton décorée sert de caisse, chacun y laissant ce qu'il estime juste pour ce travail. Et malgré le nombre important de ces petits stands « paquets cadeaux » , ils ne manquent pas de boulot ; les magasins ne s'occupant nullement de cette tache.
Quelques étals de rue fleurissent un peu partout, proposant leur propre récolte ou production mais aussi accessoires de mode, habits, jeux.... Les hauts parleurs disséminés dans la ville pour l'occasion distille une musique de circonstance tandis que quelques musiciens animent les ruelles de chansons populaires.
Installé à côté de notre logement, un marchand ambulant de pop-corn embaume le quartier de gourmandise parfum caramel et sert trois fois la quantité demandée et payée...Quelle aubaine pour les gourmands que nous sommes !

A côté de la cathédrale en béton, une crèche géante se dresse fièrement face aux statues de pierre des gnomes, sorcières et autres personnages de légendes installés dans le parc voisin .


Ce mélange est constant sur l'île, les anciennes croyances cohabitant facilement avec la ferveur religieuse. Les quelques prêcheurs haranguant la foule, munis d'un mégaphone, sont là pour témoigner d'une pratique d'un catholicisme fort mais aussi inédit pour nous. Un spectacle de rue ou un véritable one man show ...« l'acteur » dopé à la foi de dieu, déploie fougue et passion pour ramener les passants pressés et indifférents vers des chemins plus spirituels que ceux des avants Noël et de leurs inévitables abus de victuailles et d'alcool. Chiloé n'échappe pas à la règle et le supermarché où nous faisons nos courses est plein à craquer.

Ayant à disposition une cuisine, nous remplissons notre caddie de quelques indispensables mais les boutiques avoisinantes et le marché couvert ont notre préférence. Poissons, crustacés, viandes légumes, fruits et même artisanat s'exposent et s’achètent . Après 4 mois de régime féculents, place aux crudités et salades de fruits rouges... framboises et myrtilles devenant notre pain quotidien et remplaçant, pour notre plus grand bonheur, mangues et fruits exotiques  !

Entre choux, patates et carottes un légume nous intrigue....mais est ce un légume ?...Ressemblant à une grosse corde plate, couleur jaune marron, luisante comme du plastique et enroulée sur elle même, elle ne donne pas trop envie de la déguster. L'objet de notre curiosité est, en fait, une algue séchée et très utilisée en cuisine.





Nous fréquentons aussi, les petits restaurants du marché offrant une panoplie de poissons et fruits de mer pour un prix raisonnable. En ce début d'été, les parasols et les stores ont envahi la petite cour intérieure et les tables installées dehors sont fortement demandées. Merlu, congre, crabe, etc..sont à notre menu... Seul, le saumon en est exclu : d'élevage et de piètre qualité nous préférons déguster les bons produits de la pêche locale. L'offre ne manque pas et l'île est l'endroit idéal pour apprécier, tout simplement, un bon poisson à la plancha .

La pêche y reste l'activité principale... et dans le port d'Ancud, toutes sortes d'embarcations attendent patiemment que l'eau vienne de nouveau mouiller leurs coques pour pouvoir voguer. Pour la simple barque à rames ou à moteur ainsi que pour les bateaux de pêche colorés, échoués temporairement, l'instant est aux réparations et à l'entretien.



L'eau s'est retirée au loin, donnant au littoral une autre image, laissant apparaître sable et rochers. Comme une traînée de vert tendre, la mousse agrippée aux pierres souligne les contours de la marée basse tandis que les collines toutes proches déclinent sur d'autres tons toute la palette du vert.




Ici, on ne manque pas d'eau ….et ça se voit ! ...par contre on manque de plat...et ça se sent dans les jambes !!!
La proximité avec l'océan n'empêche pas la ville de s'épanouir sur les collines . Comme des fleurs des champs, les maisons en bois illuminent les rues. Peintes avec des couleurs vives, elles peuvent transformer un quartier en un patchwork printanier contrastant avec ce ciel lourd et gris si quotidien .
          


 Les églises en bois, elles, arborent fièrement des rouges, jaunes, bleus ou verts, osant même des combinaisons très Pop . Nous nous promenons... admirant les habitations pour leur couleur ou leur architecture mais profitant aussi de la superbe vue que nous offrent les hauteurs de la cité.

Là, près des vestiges des anciennes fortifications espagnoles, entre réserves à munitions et canons, notre regard embrasse ce bout de littoral à la roche sculptée par la fureur de l'océan . Par temps clair, les contours du continent se dessinent à l'horizon . Quelques maisons s'accrochent aux falaises s'enracinant dans le flux et le reflux du Pacifique . Par endroit, la végétation recouvre les collines d'un tapis dense de buissons et d'herbes fleuries .

                                                   

Malgré les vacances de fin d'année et ses 49500 habitants, Ancud est une bourgade agréable où il fait bon vivre . Rien ne ressemble moins à une grande ville et la fréquentation touristique est présente mais non pesante ou imposante. Juste ce qu'il faut pour être bercer par l'effervescence des fêtes qui se préparent !

Le « museo chilote » installé dans une ancienne forteresse, non loin de l'église, finit de nous narrer l'histoire de l'île et de la ville. La visite est intéressante...une fillette se met à nous faire le guide, insistant gentiment pour tout nous expliquer contre quelques pesos. Sa maman, employée du musée,
interrompt brutalement son rêve d'argent de poche...Amusés par son bagout et son enthousiasme, nous savons qu'elle sera un futur bon guide...ne lui manque plus que l'apprentissage des langues étrangères et là plus aucun touriste ne lui résistera !
Histoire puis exposition d'artisanat se succèdent jusqu'au terrible tremblement de terre de 1960 et du tsunami qui frappa les côtes de Chiloè.
Ancud fût presque entièrement détruite par les secousses et la vague venue balayer la ville . Les « palafitos » et la ligne de chemin de fer ne furent pas reconstruits. Et à la place de la cathédrale en bois, réduite à un amas de planches, une tout en béton s'élève maintenant, grise comme les cieux des mauvais jours. La ville a eu du mal à se remettre de cette catastrophe et en a perdu quelques beaux fleurons. Les photos en noir et blanc d'époque montrent l'étendue impressionnante des dégâts et comment Ancud, riche et prospère bourgade est devenue, en un instant, un champs de ruines .
A l'extérieur du musée, un squelette de baleine bleue permet de prendre conscience des impressionnantes dimensions de l'animal. Nous nous sentons si petits, lilliputiens face à ce géant des mers... Il ne nous reste plus qu'à le voir vivant, évoluant avec grâce dans son milieu et ma joie sera à son comble...un rêve de plus ( mais ça c'est une autre histoire!).
Un peu plus loin, la réplique grandeur nature de la goélette « Ancud » témoigne fièrement d'un épisode important de l'histoire du Chili . Au XIX siècle, la conquête des terres australes de Magellanes est un enjeu politique considérable . Les grandes puissances du monde entier tentant de naviguer et de trouver son chemin dans ce dangereux dédale de fjords du détroit de Magellan . Le premier posant son pied sur la terre ferme , en revendiquera la possession au nom de son pays.
En 1843, l'état chilien envoie la goélette « Ancud » avec un équipage de marins chilotes explorer ces régions du grand Sud . 4 mois de navigation avant de pouvoir planter le drapeau chilien et établir une colonie, non loin de l'actuel Punta Arenas. Un glorieux événement donnant l'image actuelle des limites du Chili et témoignant de l'expérience et de la dextérité de ce peuple de marins.


Chiloé, avec ses 150 églises en bois, sa touristique Castro et ses palafitos, sa côte Est avec ses petits ports de pêche et son chapelet d' îles confettis, son littoral sauvage à l'ouest avec son parc national ainsi que sa réserve de manchots, est une invitation à la ballade et à la découverte.

Pas d'hésitation...l'envie d'explorer les alentours librement nous pousse à louer une voiture. Mais deux jours seulement : une seule agence propose des véhicules à la location et les prix sont élevés...les voitures sont comme neuves et sans rayure mais en contre partie la franchise est haute et l'inspection est méticuleuse.... alors gare aux dégâts !!        
Nous regrettons très vite notre Fiat uno de Pucon...... Ici le réseau routier se résume à une grande route principale traversant l'île du nord au sud ( construite seulement en 1950 !) tandis que les voies secondaires nous laissent la surprise d'une chaussée tantôt asphalte, terre ou gravillon . Trous, bosses et déformations parsèment notre chemin de pièges redoutables pour notre véhicule trop propre, trop blanc, trop bas....bref pas question de faire n'importe quoi et malgré quelques frayeurs pour le pare choc et la carrosserie, nous rendrons notre petite Chevrolet sans égratignure....ou presque !


Nos premiers kilomètres nous poussent vers la côte Ouest et les îles de Puñihuil où manchots de Magellan et Humboldt viennent se reproduire. Classé et protégé, l'endroit est désormais un monument naturel où pêche et autre activité humaine sont interdites. Seuls quelques petits bateaux à moteur emmènent les touristes aux abords des îlots pour admirer les hôtes de ces lieux .
Le gérant de notre hôtel nous indique un guide, se renseigne sur les horaires de la prochaine sortie et nous recommande de ne pas oublier bonnet, écharpe et protection contre la pluie. Ici, ne pas se fier aux rayons de soleil qui illuminent cette belle fin de matinée.....le temps est capricieux et très vite changeant.     
C'est une belle et grande plage qui nous accueille en premier...la route s'arrête là et malgré la présence d'autres véhicules sur le sable, ce petit ruisseau barrant l'accès ne présage rien de bon...prudence … on a dit prudence comme c'est prudent !!... Même Denis hésite !
Mais bien vite un homme court dans notre direction, s'agite dans tous les sens et nous fait signe d'avancer mettant ainsi tous nos doutes au rebut . C'est bien là... et notre « titine » du moment ( notre voiture pour les non initiés ) passe sans difficulté ce petit gué et nous amène au bout de la plage où nous attend notre embarcation .
Nous avons le temps d'admirer le paysage, la rencontre avec les manchots n'étant prévue que dans une heure .                         
Malgré la présence de plusieurs petits bateaux et de quelques touristes, le lieu reste bien sauvage et de toute beauté. L'océan nous offre un joli bleu et entoure d'une couronne blanche les îlots qui s'y égrènent ça et là. Ici la roche et l'eau se marient au plus grand bonheur de la faune et flore locale. Le soleil réchauffe les couleurs de cette végétation basse tandis que les touffes d'herbes grasses et hautes dansent sous les vents marins. Seulement une ou deux maisons s'accrochent aux collines venant doucement mourir sur le sable. Mais noyé dans ce vert intense, l'homme s'efface, s'oublie, face à la puissante mère nature. Ne reste que la roche dessinée par les éléments, la mer au calme précaire et le chant du vent.
Gilets de sauvetage mis, nous voici prêts à embarquer sur ce petit bateau de pêche. Pour nous éviter de nous mouiller les pieds, notre petit groupe ( une dizaine de personnes) monte sur une passerelle que notre guide et notre pilote font rouler jusqu'à notre embarcation...la situation est assez comique... mais bien pratique !
Pendant une demi heure nous admirons les différentes colonies de manchots ainsi que de nombreux oiseaux marins profitant eux aussi de ces refuges pour se reproduire.
Le spectacle est émouvant : les manchots s'activent, plongeant dans les eaux houleuses à la faveur d'une vague à la recherche de nourriture puis escaladant la roche dans une démarche à la Charlot jusqu'à leur nid. D'autres profitent d'un bain de soleil et se font leur toilette ou une petite sieste bien méritée. Les cormorans impériaux et de Gaimard partagent les lieux avec canards et gaviotes dans un concert de piaillements et de cris.




Sur le chemin du retour, une loutre de mer patiente sur un bout de rocher immergé, à l'affût de son repas. La rencontre est assez rare et notre bateau stoppe pour profiter du moment. Une petite photo souvenir avant de voir l'animal plonger.

Une belle expérience et une visite inoubliable dans ce lieu magique où le soleil nous a accompagné jusqu'au bout!

L'air marin nous ayant ouvert l’appétit, nous nous attablons au restaurant voisin. Pisco sour et chupe de jaiba ( gratin de crabe) sont au menu. Un vrai délice et un grand souvenir culinaire avec une superbe vue sur l'océan …. et tout ça pour le prix d'un restaurant bon marché à Ancud ! Le charme de la serveuse ne fait que rajouter au plaisir gourmand de Denis . Bref, un endroit à ne pas manquer, encore du rêve et du bonheur, encore du plaisir d'être là...simplement.

C'est une ballade le long de la côte Ouest jusqu'à Chepu qui conclue notre journée.
Le littoral est magnifique avec ses criques, ses plages de sable et de rocher, ses collines vertes et ses récifs.



Puis soudain le paysage change et laisse place à une immense bande de sable avec au lointain le fleuve s'écoulant vers l'océan. L'endroit est unique, du sable à perte de vue, le bleu de la rivière séparée du Pacifique par une étroite bande de terre d'un vert intense.
Le tremblement de terre de 1960 ayant affaissé le sol de 2 mètres, la forêt se trouve maintenant inondable donnant ce goût de terre vierge et oubliée, cette ambiance de fin du monde . Quelques immenses flaques d'eau semblent piégées dans ce décor insolite et transforment les lieux en marécage où les touffes d'herbes s'épanouissent au plus grand plaisir des troupeaux qui paissent un peu plus loin. Les troncs d'arbres morts, eux, se dressent vers les cieux en une dernière révérence. Encore les pieds humides que nous voici, grimpant des petites dunes de sable avec comme seul horizon du sable...encore du sable. Un mélange surprenant, une rencontre forcée devenue un refuge pour de nombreuses espèces d'oiseaux. Et un spectacle unique.











Toutes nos errances sur le territoire chiliote auront ce goût d'une beauté sauvage où les éléments, là plus qu'ailleurs, sculptent ses différents visages et s'expriment avec force.
La route, le long de la côte nord, nous mène à la péninsule Lacuy où se dressent les ruines d'un fort espagnol. Son littoral n'est qu'une succession de criques, récifs, plages, collines herbeuses avec l'océan dansant sous le chant du vent. Peu d'habitations jalonnent notre chemin mais parfois une maison ou une chapelle en bois fait son apparition.










Au bout de la piste de cailloux, le fort se dresse sur un piton rocheux surplombant la mer. Le site est bien aménagé, la visite est libre et c'est seuls que nous nous promenons sur les vestiges de ce haut lieux militaire. Canons, réserves à munition et quelques vieux murs d'enceinte témoignent d'un passé glorieux et puissant. Mais là aussi le tremblement de terre fit de nombreux dégâts, la superbe vue sur l'océan et les sentiers cheminant jusqu'à l'eau restent les principaux attraits de cette forteresse . Digitales, fuchsias et genêts ornent les alentours tandis que l'océan irradie de tous ses bleus sous l'effet d'un soleil radieux . Un bel endroit que les douces gifles du vent rendent encore plus vivant et vivifiant.






Sur la côte est de l'île, Quemchi, petit village de pêcheurs nous accueille . De gros nuages noirs nous ont rejoint et le ciel s'étoffe d'un grand manteau gris enveloppant la silhouette de l'île de Caucahue si proche pourtant. L'heure est à la marée montante et nous ne profiterons pas du spectacle surprenant d'une marée basse de plus de 7 mètres et qui fait la réputation du village.
Un bateau se presse de rentrer au port avant les premières gouttes mais finit finalement sous une forte pluie pour le déchargement de sa pêche . Joueur, le nuage pleureur s'arrête aussitôt le travail terminé...mais ici tous semblent insensibles aux caprices de la météo, vivant avec ces précipitations brutales et quotidiennes comme on vit avec les grosses chaleurs dans les pays chauds.
Nous ne pouvons prendre le ferry... il est trop tard pour le retour et la météo n'est pas de la partie.
Une ballade à travers les ruelles de Quemchi, à la découverte des maisons en bois et aux toits de tôle qu'habitent les familles des pêcheurs ainsi que de leur inoubliable église, conclue notre journée.
Malgré la grisaille ambiante, un édifice se distingue au loin...toit de couleur noir surmontant un clocher vert fluo, encadrements de portes et de fenêtres d'un rouge vif, l'église en bois à de quoi séduire. L'intérieur est plus sobre et ici c'est le toit en forme de coque de bateau qui a la vedette. Quelques statues de saints et de la vierge complètent la décoration sans oublier, bien sûr, comme partout dans le pays, le drapeau Chilien toujours présent.









Ce 24 décembre, nous rendons notre voiture et grâce à l'efficace réseau de bus, nous partons visiter Castro grande et touristique ville située à 85 kilomètres au sud d'Ancud . Son emblème et son principal attrait touristique sont les palafitos, ces maisons de bois sur pilotis construites au bord de l'eau . Mais ce qui nous interpelle en premier et que nous apercevons depuis la gare routière ce sont les clochers couleur aubergine de l'église. Le bâtiment est.....comment dire.... surprenant !
Toute de bois, elle aussi, avec ses façades d'un jaune vif et ses différents apparats décoratifs on peut s'imaginer un instant un dessin d'enfant, un jouet sorti de la hotte du père Noël. Cependant elle affiche fièrement ses couleurs, impose le respect et incite à y rentrer.


 
 
 
L'intérieur y est un petit bijou de bois vernis où quelques vitraux laissent passer des rayons de couleurs . Du sol au plafond tout n'est que bois et le lieu en tire une énergie et une beauté particulière. Les cierges brûlant devant les statues des saints éclairent d'une douce lumière , habillant ainsi, telles des guirlandes, cette grande dame. Devant l'autel une crèche est présente et les derniers bouquets de fleurs sont disposés avant la fête de ce soir .



Castro est une ville animée et aujourd'hui c'est une foule compacte qui déambule dans les magasins et les rues. Les trottoirs sont envahis par les vendeurs de babioles et nécessités en tous genre, ne laissant au flot de passants que peu de place pour circuler.

Et c'est vers l'océan que nous partons flâner, loin de l'agitation du centre ville et des derniers préparatifs de Noël. Là, nous admirons ces maisons de bois au couleurs vives perchées sur de hauts pilotis. Au bord des estuaires et des lagunes, les palafitos vivent au rythme des marées et le paysage évolue lui aussi au gré de la hauteur de l'eau, lui donnant ainsi le charme de l'éphémère, la beauté d'un regret ou d'une promesse.

En cette heure de marée basse, les bateaux échoués sur le sable semblent attendre tranquillement. Quelques clichés de ces quartiers uniques qui nous rappellent un peu ces habitations du delta du Mékong. Un autre lieu, un autre climat mais une même façon de vivre sur son élément le plus proche : l'eau.








Des cygnes à cou noir nous accompagnent sur le chemin menant au centre de Castro, mais bien vite nous les perdons de vue, grimpant dans les hauteurs de la ville. La plaza de armas fait, comme de coutume, face à l'église et en cette période de fête les artisans exposent leurs créations.
Ici la laine est à l'honneur et tous les produits de son travail. Le temps d'une pause jus de fruit et nous reprenons le bus en direction de Dalcahue.




Petite ville animée face à la mer intérieure de Chiloé, Dalcahue possède une église en bois classée, un port avec un accès à l'île de Quinchao et un grand marché artisanal. Mais c'est une bourgade vide et tranquille que nous découvrons à notre arrivée.... L'église est en travaux et de grandes palissades nous empêchent de l'admirer... au port il n'est pas possible d'effectuer la traversée jusqu'à Quinchao tandis que le marché artisanal, lui, est fermé. Seuls les stands de restauration du marché sont ouverts et nous nous attablons pour déguster un bon poisson à la plancha . Nous traînons encore quelques heures dans les ruelles en attendant le prochain bus pour Ancud.



Notre séjour sur l'île de Chiloé se termine... Le 26 décembre nous embarquerons à Puerto Montt pour un voyage en bateau jusqu'à Puerto Natales en Patagonie du sud. Mais en ce soir de réveillon nos esprits et nos cœurs sont avec nos proches si loin de nous....une petite liaison Skype pour se voir, s'entendre et se souhaiter pleins de bonnes choses...Un petit verre de Pisco Sour et une pauvre salade de crudité comme festin ( trop tard pour faire les dernières emplettes de circonstance !) .
Mais nous sommes remplis de joie et de bonheur... une fois de plus... ce lieu, cette île et ses habitants nous ont charmé . Une fois de plus, on se murmure comme pour s'en convaincre «  je reviendrai ! ». Une fois de plus, on se tourne vers un grand sud prometteur comme pour trouver la force de partir vers ces horizons pourtant tant rêvés.......mais ça c'est une autre histoire !!

samedi 31 octobre 2015

17/12 - 18/12 : Valdivia Chili

Le moment du départ est toujours empreint d'un mélange de sentiments contradictoires et confus. Notre cœur voguant entre la tristesse de quitter ce bout de terre où l'on se sent si bien et la joie de découvrir d'autres ailleurs dont on a tant rêvé. A chaque fois, tout abandonner : les amitiés naissantes, les paysages fantastiques ou encore ce possible petit bout de vie à s'inventer ici.....Un mode voyage qui finalement nous séduit par la puissance de tous ces instants vécus...si peu de temps mais tant de choses pour habiller nos âmes. Le temps file entre nos doigts tandis que souvenirs, rencontres et sentiments s'accrochent aux méandres de nos esprits nous permettant ainsi de déguster chaque seconde et de nous sentir vivre pleinement.
Assise dans le bus qui nous mène à Valdivia, je dis au revoir à Pucon et à la belle Araucania.
Fêtes de fin d'année obligent, notre programme des 15 prochains jours est établi : Noël sur l'île de Chiloé puis croisière dans les fjords de Patagonie jusqu'à Puerto Natales où nous célébrerons 2015.
                                                                             
Mais pour l'instant, nous traversons d'est en ouest le pays et 3 heures sont nécessaires pour rejoindre la côte et la région des fleuves. Valdivia n'est qu'une étape d'une journée, nous permettant d’accéder à un bus direct pour Chiloé mais c'est surtout la promesse d'un marché aux poissons haut en couleur et celle de voir au plus près des lions de mer.

Charmante ville située dans un cadre naturel exceptionnel, à la confluence des rivières Cau Cau, Calle Calle et Cruces se jetant un peu plus loin dans l'océan Pacifique, Valdivia abrite aussi la plus grande université du sud Chili et la jeunesse, l'art et la culture y trouvent pleinement leur place.
Nous logeons dans une grande maison en bois où les habitants louent quelques chambres. L'endroit est agréable et sent bon l'ancien... Notre chambre à l'étage, nous offre une belle vue sur le jardin se finissant dans les eaux calmes du fleuve. Au loin, sur l'autre rive, nous apercevons les bâches bleues et jaunes du marché aux poissons qui nous tend les bras en cette heure de déjeuner.
Et c'est sous un soleil plaisant et à pieds que nous le rejoignons.

Bouquets de fleurs et fruits rouges de saisons, nous accueillent...et en un instant, le démon de la gourmandise vient transformer mon homme en un loup de Tex Avery.... babines pendantes, yeux exorbités devant le spectacle de cette profusion . Cagettes de cerises, fraises, myrtilles et framboises s'offrent à un prix dérisoire et sont une véritable invitation à l'orgie culinaire. Sans hésiter nous achetons …là ces belles cerises.... oui ! Cette grosse barquette de fraises.... non, deux pour les framboises... et puis des myrtilles aussi .. Bref, notre repas du soir sera une belle, bonne et gargantuesque salade de fruits rouges !!

Un peu plus loin, les poissons s'exposent à leur tour. Saumons, merlus, congres...ainsi que mollusques et fruits de mer sont rangés et alignés sur des caisses plastiques retournées. Une balance suspendue sert à peser la marchandise. Derrière les étals, sur une table en pierre,  homme et femme s'activent à vider ou préparer les poissons.
D'un geste adroit et rapide ils enlèvent tête, queue et lancent par dessus leur épaule ces déchets, véritable festin pour les cormorans et lions de mer patientant tranquillement à côté.
La scène est surprenante !! A moins d'un mètre derrière l'agile poissonnier, se tient la masse imposante d'un mâle, crinière luisante du jus et du sang de son repas. Au jet d'un bout de poisson, ces quelques centaines de kilos se dressent et ouvrent une large gueule engloutissant rapidement leur trophée. L'animal est puissant mais son air nonchalant et sa démarche d'otarie le rendent sympathique.
                      





La cohabitation est paisible et les lions de mer qui se contentaient, avant, de remonter l'embouchure en suivant les bateaux de pêche, se sont désormais installés aux abords du marché.
                                                  
Sur le fleuve, des petits pontons servent de refuge au reste de la compagnie.
Jeunes mâles et femelles se font bronzer ou s'amusent à plonger dans les eaux claires où nous pouvons admirer leur gracieuse nage. Là, l'animal se transforme en un papillon léger virevoltant avec harmonie et facilité...un étonnant contraste ! Même si elle n'est pas fortuite, la rencontre est heureuse ; Les voir de si près est une occasion unique et émouvante.


                             
Après le repas des lions de mer, la faim s'impose à nous et notre déjeuner devient une priorité. Attablés dans un restaurant avoisinant le marché, nous nous régalons d'un excellent congre et d'un grand et délicieux jus de framboise pris comme apéritif . Encore que du plaisir !!


Mais le temps nous est compté et une belle ballade
parmi les arbres majestueux du parc de l'université conclue notre escale à Valdivia .                          
Demain nous prenons le bus pour l'île de Chiloé... mais ça c'est une autre histoire .

mercredi 19 août 2015

05/12- 17/12 : Santiago – Pucon Chili

Nous voici donc prêts à quitter le Pérou et à savourer l'été en terre patagonne mais avant, nous devons descendre les 3500 kms séparant Lima de Santiago et affronter nos plus longs trajets en bus de tout notre voyage. 23 heures pour notre première étape jusqu'à Tacna d'où nous prenons un « colectivo » pour Arica (Chili) où nous arriverons 2 heures plus tard . Là, un repas à une table, une bonne douche et un vrai lit nous attendent pour une nuit de repos . Et le lendemain matin, nous repartons pour 35 heures de bus jusqu'à Santiago . Une épreuve qui se révéla plus aisée et supportable que prévue... Les sièges «  salon cama » peuvent s'allonger complètement et permettent de dormir vraiment...Grignoter, manger, regarder la télé, rêvasser en admirant le paysage, sommeiller, dormir, se dégourdir les jambes et fumer sa cigarette pendant les arrêts sont nos principales activités. La musique d'Asaf Avidan m'accompagne pendant ces longues heures d'inertie si propices à la rêverie et je bénis encore mes collègues de travail qui m'ont offert ce mp4 avant mon départ.
Finalement, le temps s'écoule, les kilomètres s'enchaînent et c'est en pleine effervescence que la capitale nous accueille. Moins de 20 jours avant Noël, la foule s'est emparée des centres commerciaux et des festivités se préparent dans les rues avoisinantes de notre logement. Le retour de la gare routière est un véritable parcours du combattant et le métro un défi physique pour se faufiler dans si peu d'espace avec son gros sac à dos. Mais en ce soir du 07 décembre nous voici donc revenus à notre point de départ.

Ces 2 jours sur la capitale nous permettent de prendre du repos et d'effectuer les démarches nécessaires à la suite de notre voyage.
L'île de Pâques est un rêve bien ancien....et malheureusement elle le restera. Le prix des billets est excessif ( 1000 euros / personne) et hors de notre budget. C'est donc le cœur gros que nous renonçons à aller admirer les Moais . Une étape de plus à mettre au placard des regrets et une raison de plus pour revenir sur ces terres lointaines.
Par contre, la chance nous sourit pour la réservation de notre croisière dans les fjords de Patagonie. Nous allons directement au bureau de la compagnie Navimag à Santiago. Là, nous sommes chaleureusement accueillis mais la catégorie de cabine désirée n'est plus disponible. Sans hésiter, l'employée nous propose un sur classement et pour le même prix nous voyagerons dans une cabine avec hublot et lavabo. Billet de bateau en main nous pouvons poursuivre notre descente et notre prochaine étape Pucon en Araucania se situe à plus de 700 kms de là .

10/12 – 17/12 : Pucon
La région de l'Araucania avec ses lacs, ses volcans, ses cascades, ses sources chaudes et ses parcs nationaux est propice à l'immersion en pleine nature et aux différents sports d'aventure. Notre point de chute, Pucon est situé sur les rives du lac Villarica avec en toile de fond le volcan du même nom au sommet enneigé. Ancienne villégiature huppée où de nombreux touristes viennent profiter des atouts de la région, nous ne désirons pas loger directement en ville et c'est à 4 kms de là que nous prenons nos quartiers.
C'est encore la basse saison et Solange la propriétaire de « los Gualles de la Candelaria » nous loge dans son plus grand appartement ( encore un sur classement). Le logement est très confortable, la cuisine parfaitement équipée et Solange une vraie mère pour nous.
 La maison en bois est entourée d'un jardin où fleurs et arbres s'épanouissent. Au dessus, une piscine extérieure offre, en cette saison, la possibilité d'un bain glacé et une jolie vue sur le lac d'où l'on peut admirer le coucher du soleil.
Nous nous sentons bien dans cet environnement et Susu la petite chienne des lieux assure merveilleusement son rôle de relation publique, . Seul bémol au tableau : la route qui nous sépare des berges du lac. Très fréquentée, elle distille un bruit constant . Mais installés à l'ombre des Hualles ( grand arbre à feuille caduc ) et entourés d'une végétation luxuriante, nous profitons un maximum du lieu intégrant inconsciemment cette rumeur urbaine.
Notre éloignement de la ville n'est pas un problème, des bus passent toutes les 15 mm et nous amène jusqu'à Pucon.
La ville est joliment et richement aménagée...Tout y est fait pour le tourisme : son petit port sur les rives du lac, ses plages, ses restaurants, bars, magasins d' articles de sport de luxe, hôtels, pensions, supermarchés ainsi que ses nombreuses agences de tourisme proposant une multitude d'activités sont là pour satisfaire un public hétéroclite. De la visite des sources chaudes à l'ascension du volcan en passant par du rafting sur les rivières environnantes, de l'équitation, du canyoning, etc.... ici tout est possible, la nature est un grand terrain de jeux.
L'offre d'hébergement est impressionnante en ville ainsi que tout le long du lac où complexes hôteliers et « cabanas » (maison de bois indépendante) attendent l'été et son afflux de touristes. Bien sûr, notre hébergement est plus cher qu'une simple chambre sur Pucon mais vu les prix excessifs des restaurants il est finalement plus économique de pouvoir se faire la cuisine. Et je retrouve avec plaisir les petits plats de Denis, les salades avec de savoureux avocats et nos premières fraises, myrtilles et framboises. Un délice dont nous nous régalons quotidiennement !

Que cette terre Mapuche est belle ! De climat tempéré, sa végétation en est moins exotique et les maison de bois, ses forêts pourraient nous faire penser à un petit coin d'Europe . Mais le bleu des lacs, l'eau cristalline des tumultueuses rivières, la silhouette imposante des volcans, les plages de sable noir, les coulées de lave recouvertes de son tapis végétal spécifique et bien sûr son arbre symbole l'Araucaria en font un territoire unique et riche.
Les mapuches, principal groupe ethnique indigène du Chili, combattent encore pour conserver ou retrouver ces terres que les envahisseurs successifs se sont appropriés tout au long de l'histoire. Malgré une reconnaissance juridique internationale, les mapuches sont toujours en résistance et victimes de violations des droits de l'homme.
A Pucon, nombre de chiliens affichent cependant un faciès, plutôt européen, même tendance germanique. Comme Solange, notre logeuse, au prénom français, beaucoup de locaux ont des ancêtres allemands. Au début du XX siècle, l'état chilien entame une politique de colonisation de cette région et cède des terres aux migrants d'origine germanique uniquement, donnant ainsi ce petit air de Bavière à la région. Grande femme blonde aux yeux bleus et aux taches de rousseur parlant en espagnol avec de grands gestes, Solange en est l'exemple type : un physique européen du nord au caractère latino bien trempé. Un peu déroutant au début mais cependant charmant pour nous simples voyageurs !


Nous avons donc une semaine pour explorer cette région aux multiples trésors et nous commençons par satisfaire notre envie de ballade équestre qui nous tenaille depuis un moment . Le temps et le paysage sont propices à ce genre d'activité.
C'est accompagnés de deux autres touristes allemandes et de nos deux guides que nous partons pour 4 heures de ballades à travers ces terres mapuches. Denis, seul homme de ce petit groupe est coiffé de son chapeau de Puno et affiche un grand sourire... Il est vrai que l'instant est magique … et malgré mes appréhensions de débutante je me laisse aussi gagner par ce simple bonheur . Sensation de paix et de liberté ! L' harmonie est totale, le moment privilégié, les paysages magnifiés.

Au pas, au trot et même au galop (bon ! j'avoue Peppers mon cheval ne m'a fait galoper qu'une seule fois et sur quelques mètres seulement, il est docile mais aussi très pépère!) nous suivons la rivière, traversant des prairies, grimpant des collines, entrant dans un labyrinthe de sous bois à la végétation et aux branches malicieuses, admirant volcans, lacs et forêts. La région n'est pas inhabitée et de nombreuses maisons de plain-pied en bois abritent les familles mapuches. Là bas, un chien mène un troupeau de moutons à son enclos ; ici deux chevaux galopent jusqu'à la clôture pour mieux nous voir ; un peu plus loin un petit rapace, peu farouche, s'amuse à nous regarder passer puis à nous devancer de nouveau.... Vous l'avez compris, un pur moment de bonheur sur ces terres où la nature, une fois de plus, fait preuve de génie. Un pays de légendes et de dieux dont les mapuches respectent, vénèrent et protègent chaque élément .
Pour une première fois, je ne pouvais rêver mieux et restent, malgré les douleurs des fessiers, un merveilleux souvenir, quelques photos et une grosse envie de renouveler l'expérience.




Nous louons quelques jours un véhicule pour être libre d'explorer les alentours et munis de la carte fournie par notre hôtesse nous partons vagabonder entre volcans et lacs à la recherche de cascades et sources chaudes.
Direction nord Est pour commencer avec le lago Caburgua et sa ravissante playa blanca dont la blancheur contraste avec le sable noir d'origine volcanique, si commun dans cette région. L' endroit est charmant et paisible. Le lac est entouré de montagnes avec au loin la silhouette imposante des volcans. Ses eaux calmes sont une invitation aux loisirs nautiques : canoë, pédalo et baignade occupent déjà les quelques touristes chiliens venus profiter des premières chaleurs de cette fin de printemps.

 Le village de Caburgua s'étale le long des rives mais s'agrippe aussi aux pentes environnantes. Ici le bois est le matériel privilégié pour toutes les constructions et même les églises n'échappent pas à la règle. Nous y admirons notre première église entièrement en bois....une première certes... mais pas la dernière dans notre périple au Sud Chili.
La forêt recouvrant les collines alentours abritent « cabanas » et terrains de camping encore désertés en cette saison mais le peu d'affluence donne à ces lieux plus de charme et de tranquillité. Nous nous laissons bercer par cette douceur de vivre et les petits plaisirs du moment profitant ainsi des trésors culinaires faits et vendus par les habitants le long de la route. La tarte aux framboises fait encore pétiller de gourmandise les yeux de Denis !





Avec notre vieille Fiat Uno rayée et cabossée, nous n'hésitons pas à explorer les environs et à emprunter routes secondaires et pistes . Pas d'angoisse de rajouter une bosse ou une rayure à notre carrosse de location … et bien vite nous comprenons l'état de notre véhicule !
Ici seules les grandes routes sont asphaltées, les autres étant, elles, recouvertes de gravillons. Panneaux de signalisation, arrêts de bus, habitations aux bord de la chaussée, traversées de villages, sorties d'école, important trafic...elles ont tout des grandes, seul le revêtement change. C'est, par conséquent, à une allure modérée, accompagnés du bruit des petits cailloux projetés et traînant derrière nous un nuage de poussière que nous partons pour les sources  « Géométricas ».
Ah la poussière ! Notre pire ennemie !
Suivre un véhicule est impossible, en croiser un relève du concours de rapidité dont l'enjeu est de remonter nos vitres avant l'arrivée du terrible nuage mais finalement ce petit défi nous amuse beaucoup..( eh oui nous sommes toujours de grands enfants!) Notre « titine » du moment a des allures de Lilliputien face aux 4x4, pick-up, camions et bus rencontrés mais avec force cahots et prudence, elle passe partout et nous permet d'accéder aux différentes cascades qui longent ce chemin.

C'est le hasard qui nous mène aux pieds de la première... Une simple pancarte manuscrite nous incite à s'échapper un instant de notre itinéraire et après quelques kilomètres nous stoppons devant une barrière . Là, deux ou trois maisons ainsi que bergeries et poulaillers occupent ce petit plateau verdoyant où la piste s’évanouit. Mais l'endroit semble désert et seuls coqs et moutons se préoccupent de notre présence.

 Mais bien vite une jeune femme sort de sa maison, encaisse un modique droit d'entrée et nous indique le chemin à suivre. Nous descendons un sentier menant à une petite gorge où les roches grises d'une ancienne coulée de lave se dressent entre nous et l'eau que l'on entend chanter un peu plus loin.Nous contournons ou grimpons sur ces rochers de lave... et des parcelles d'herbe grasse, des bosquets d'arbres et de résineux se laissent enfin entrevoir. L'eau est de partout, s'infiltrant entre les pierres pour trouver son passage, imbibant comme une éponge ces vertes prairies. Pour compléter le tableau, quelques vaches paissent tranquillement, levant de temps en temps la tête pour nous observer.
La cascade chute d'une cinquantaine mètres et donne naissance à un ruisseau qui serpente entre ces terres vallonnées. Accrochées à sa paroi, un tapis de mousse et d'immenses plantes prospèrent dans la bruine ambiante. Le contraste des couleurs est magnifié par l'eau, le végétal et le minéral. Le gris de la lave, le rouge du lit de la rivière et le vert intense des plantes et de l'herbe donnent l'impression d'une trop forte saturation rendant ce paysage presque irréel. Il y fait bon s'y attarder cependant et cette ambiance bucolique est à savourer avec tous ses sens : l'odeur de la terre humide, les couleurs , le bruit de l'eau et la douceur d'une prairie bien épaisse.

















C'est un style complètement différent qui nous attend quelques kilomètres plus loin. Ici la chute d'eau est le prétexte à la pratique du canyoning. Pas de vache, ni d'herbages mais une forêt aux arbres gigantesques menant à ses pieds et au petit pont d'où l'on peut pleinement l'admirer sans être complètement trempés. Là aussi un tapis de buissons et de plantes d'eau lui servent de chaussettes et la mousse tache par endroit cette paroi vertigineuse de 100 mètres. Avant de continuer notre route, nous contemplons un moment la descente en rappel de ce groupe de touristes venus ici prendre une bonne douche et une bonne dose d'adrénaline.




Un dernier arrêt , une dernière cascade ... et encore un merveilleux spectacle. Après quelques mètres sous le couvert de grands arbres, nous poursuivons à travers une végétation dense où l'eau règne en maître, s'infiltrant et s'écoulant de toutes parts. Un véritable petit paradis pour ces plantes géantes aussi hautes que moi et précautionneusement nous marchons sur les lattes de bois permettant de ne pas trop se mouiller les pieds. Nous sommes seuls et littéralement submergés par ce vert intense. Le bruit de l'eau s'intensifie avant même de pouvoir l'apercevoir.
Puis là, la rivière dégringole une première fois formant un bassin qui à son tour dévale la roche. Une double cascade ! Nous sommes gâtés. Un gros rocher chauffé par le soleil nous sert d'observatoire mais selon les vents, la bruine change de direction et nous voici soudain sous cette petite pluie fine rendant notre refuge glissant tandis qu'un arc en ciel s'amuse à cache cache autour de nous. Quelques clichés souvenirs et nous reprenons notre route vers les sources chaudes « géométricas ».















Le Chili compte environ 275 sources chaudes et la région de Pucon est l'endroit idéal et emblématique pour prendre un bon bain chaud relaxant. Sa multitude et sa variété de thermes rendent le choix difficile... mais finalement nous nous laissons tenter par « las termas geometricas ».


Niché dans un canyon étroit , des passerelles en bois rouges cheminent à travers la végétation exubérante entourant le cours d'eau qui passe sous nos pieds. 17 bassins d'ardoise disséminés tout le long de cette gorge se fondent dans la roche et le vert intense des plantes tandis que la vapeur émanant de ces piscines renforce l'ambiance zen des lieux. La température de l'eau varie entre 36 et 41 degrés et est inscrite sur un petit panneau près de chaque bain. Nous évitons le bassin d'eau froide et petit à petit nous nous prélassons dans les plus chauds. Un véritable plaisir, un instant de relaxation intense....Que du bonheur avec en prime les thermes pratiquement pour nous tous seuls. Entre deux plongeons nous déambulons dans ce dédale de roche et de végétal jusqu'à son extrémité et sa petite cascade. Le lieu est simplement magnifique et le soleil tirant sa révérence l'embellit de couleurs chaudes et rosées.
Superbement aménagés et entretenus, les thermes offrent, en plus, le confort d'un vestiaire avec cadenas et le prêt de serviette de bain. Un bâtiment de bois sert d'accueil et de bar restaurant. Ici tout n'est que luxe, calme et beauté....Seul bémol, le luxe se paye et le prix d'entrée est 2 à 3 fois supérieur aux autres mais aucun regret, « las geometricas » nous ont totalement séduit.





Douce errance dans ces territoires...!
Du Sud au Nord en passant par l'Est nous nous laissons dériver au grès de notre humeur, profitant un maximum de cette Nature.
Ici pas d'immeuble, ni de « plaza de armas » mais forêts, lacs, volcans et blancs nuages qui s'effilochent dans ce ciel si pur, lui donnant ainsi ce petit goût magique d'infini.
Mais la chanson se termine et... « Ainsi font, font, font... 3 petits tours et puis s'en vont... »

















Et c'est le cœur gros et rempli de regrets que nous quittons Pucon …. Une semaine a exploré cette superbe région....et tant de choses encore à y découvrir : ses parcs nationaux et sa végétation exceptionnelle, sa cuisine mapuche ainsi que ces géants de feu dont la silhouette imposante et leur activité marquent à jamais ce paysage grandiose.
Bref, notre placard aux regrets se remplit un peu plus... mais Noël approche à grands pas et nous avons prévu de passer les 8 prochains jours sur l'île de Chiloé.
Après avoir fait nos adieux à Solange et Susu, nous prenons le bus pour Valdivia, étape nécessaire pour rejoindre notre destination finale. Assis dans le bus, la gorge nouée d'abandonner cette petite famille d'adoption mais le sourire aux lèvres de bientôt fouler ces terres légendaires de Chiloé, nous regardons défiler les kilomètres qui nous mènent de plus en plus vers le Sud.... mais ça c'est une autre histoire.